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ALLOCUTION DU 16 OCTOBRE 2018 - A LA MEMOIRE DU BATONNIER ANTOINE SOLLACARO

6 ans.

6 ans, jour pour jour, qu’en cette matinée ensoleillée du 16 octobre 2012, la violence aveugle s’est lâchement abattue sur un avocat désarmé.

6 ans, jour pour jour, son épouse Jeannine, ses enfants, nos Confrères Anna-Maria et Paul, ses proches, ses amis, le Barreau d’Ajaccio, ses Confrères, le monde judiciaire, la société civile Corse et au-delà étaient plongés dans la stupeur et l’effroi.

6 ans après, cet acte odieux laisse encore des traces dans les esprits, y compris chez les plus jeunes qui ont pu exprimer, lors de la journée du droit dans les collèges le 4 octobre dernier, leur crainte d’embrasser la profession d’Avocat parce que, ont-ils dit avec leurs mots d’enfants, « c’est dangereux, on peut se faire tuer ».

6 ans, jour pour jour, le Bâtonnier Antoine SOLLACARO était assassiné et rejoignait sa dernière demeure avec la robe d’Avocat qu’il a tant aimé et si bien servi.

C’était il y a 6 ans, et pourtant c’était hier tant sa présence est encore forte dans les esprits et dans les cœurs.

Il y a 6 ans, suite à l’indignation collective suscitée par ce lâche assassinat, des résultats nous ont été promis, y compris au plus haut niveau de l’État.

Depuis 6 ans, l’instruction hoquette. Les résultats … nous les attendons.

Antoine SOLLACARO était de ces hommes, de ces avocats qui ne pouvaient accepter que la Justice recule et pire, qu’elle échoue…

C’est donc à son image, qu’au moment venu, le Barreau se trouvera sur le banc des parties civiles aux côtés de sa famille.

Car, pour reprendre KANT, « Si la Justice disparaît c’est chose sans valeur que les Hommes vivent sur Terre ».

Parce qu’il faudra bien expliquer à son épouse, à ses enfants, petits-enfants, à ses proches, à ses amis, à nous ses Confrères, POURQUOI ?

Et s’il y a bien une réponse inenvisageable c’est : « RIEN », qu’Antoine aurait été assassiné pour « RIEN ».

Depuis 6 ans, nous lui rendons Hommage. Plus qu’un sacrifice à la parfaite bienséance, il s’agit pour nous d’une nécessité parce qu’il a été visé pour ce qu’il était : un Avocat et sans doute le meilleur d’entre nous.

Rendre Hommage à Antoine SOLLACARO c’est honorer ce qu’il fût, se souvenir de l’Homme qu’il fut … au-delà de l’Avocat.

Mais c’est aussi et surtout suivre ses pas, s’en inspirer.

L’honorer pour chacun de nous, c’est s’engager sans relâche, avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité comme l’exige notre Serment, pour ceux qui nous confient la défense de leurs intérêts.

Il y a 6 ans, à la clôture de la cérémonie religieuse, nous avons entendu raisonner le poème « Invictus » de l’écrivain britannique William Ernest HENLEY, prononcée par sa fille, notre consoeur, Anna-Maria :

  • « Dans de cruelles circonstances, Je n’ai ni gémi ni pleuré, Sous les coups du hasard, ma tête saigne mais reste droite (…)
  • Aussi étroit soit le chemin,
  • Nombreux les châtiments infâmes,
  • Je suis le maître de mon destin,
  • Je suis le capitaine de mon âme »

La traduction du latin « Invictus » est « invaincu, dont on ne triomphe pas, invincible ». Invincible.

Voilà ce qu’Antoine était : large d’épaule, jovial, d’une intelligence rare, d’un rire communicatif, d’une vitalité et d’un feu inimaginable. Il fascinait.

Voilà surtout ce qu’il reste encore aujourd’hui.

Ce qui ont voulu l’atteindre physiquement, ne sont pas parvenus à triompher de ce qu’il a été, de ce qu’il demeure, de ce qu’il représente pour nous et au-delà de nous.

Mieux que quiconque, Antoine savait qu’être Avocat est bien plus qu’un métier et mesurait l’importance de notre intervention dans une société démocratique … parce que la Justice est bien la sanction des injustices établies.

Parce que si l’injustice est muette, la Justice elle, doit être criée !

Mieux que quiconque, il avait la notion d’État de droit chevillée au corps et l’opposait régulièrement à l’État de police qu’il n’hésitait pas à dénoncer.

Mieux que quiconque, il défendait l’idée que l’avocat a un rôle spécifique dans l’État de droit, aux côtés des individus pour la défense des droits et des libertés … parce que le respect du droit a pour fonction de garantir la liberté.

Mieux que quiconque, il incarnait la défense courageuse, symbolisait la liberté, représentait un contre-pouvoir judiciaire affirmé par son courage et son indépendance.

Antoine n’a jamais été, comme cela a pu être dit fort imprudemment, « l’homme d’un clan », cette assertion réductrice ne parvenant qu’à mettre en exergue cette sorte de logique manichéenne dans laquelle certains esprits étroits voudraient nous enfermer.

Comme lui, nous savons qu’il nous faut les défendre tous (pour reprendre la célèbre citation de notre Confrère Albert NAUD) et qu’il n’est pas d’affaire qui ne se plaide pas.

Les défendre « Tous », sous la seule réserve de notre conscience et du choix des moyens de défense ; tous ceux qui ont besoin d’un truchement de la Justice et qui ont le droit de se faire entendre dignement dans le cadre d’un procès réellement équitable.

Pour cela, Antoine savait que notre rôle nous oblige plus qu’il nous honore.

Plus qu’aucun autre, il nous a inculqué que nous ne sommes pas qu’une manifestation de l’ordre établi, une sorte de cadeau que la société, afin de satisfaire quelques principes, consent à ceux qu’elle réprouve avant de les écarter provisoirement.

Mieux que personne, il savait que notre intervention a une finalité bien supérieure, au service de l’Homme et de la Justice.

Qu’elle a des exigences qui contrarient les fantaisies administratives, les contraintes budgétaires et requiert d’autres nombreuses ressources : vigilance, persévérance, dédain de l’artifice, générosité du cœur, désintéressement, délicatesse, discrétion, modestie pour ne citer qu’elles.

Ce sont, il est vrai, ces vertus dont nos détracteurs nous croient les plus dépourvus ; et sans doute faudrait-il que nous fussions des saints pour les pratiquer avec perfection.

En ce 16 octobre 2018, rendre hommage à Antoine SOLLACARO, c’est agir comme il l’aurait fait.

Rendre Hommage aujourd’hui à Antoine SOLLACARO est devenu un acte historique et symbolique fort.

Rendre Hommage à Antoine SOLLACARO, c’est inlassablement et publiquement dire que malgré les circonstances de sa mort, la peine et l’incompréhension, nous sommes debout.

Rendre Hommage à Antoine SOLLACARO aujourd’hui c’est aussi dire que notre Barreau est fier, fier de sa robe, fier de ce qu’il est, fier de ce qu’il représente, fier d’appartenir à un corps indépendant et libre, et qu’il n’entend pas se plier aux oukases de ceux, qui en raison de leurs outrances, viendront probablement un jour frapper à la porte de nos Cabinets.

Rendre Hommage à Antoine SOLLACARO c’est également rester lucides quand, au XXIème siècle, les démocraties elles-mêmes deviennent petit à petit autoritaires et que l’arbitraire s’insinue dans les décisions du pouvoir pour le plus grand péril de la Justice.

Rendre Hommage à Antoine SOLLACARO, c’est ne pas oublier qu’au XXIème siècle, le secret professionnel intrigue, l’indépendance l’avocat dérange autant qu’elle fascine, l’accès au droit est égratigné.

Rendre Hommage à Antoine SOLLACARO aujourd’hui c’est marquer le fait qu’il est temps que les avocats conservent toute leur place et soient respecter pour ce qu’ils sont et pour ce qu’ils représentent … pour que l’ignominie du 16 octobre 2012 ne se reproduise plus.

Lui rendre Hommage, c’est maintenir ce qu’il est, encore aujourd’hui : un invincible.

En mémoire du Bâtonnier Antoine SOLLACARO, je vous remercie d’observer une minute de silence et de recueillement.

Stéphane Nesa

  • Bâtonnier de l'Ordre

A la mémoire du Bâtonnier Antoine SOLLACARO Discours de Monsieur le Bâtonnier Doumé FERRARI 16 octobre 2014.

Le Barreau d’Ajaccio se souvient, que l’un de ses Membres, le Bâtonnier Antoine SOLLACARO, était assassiné à Ajaccio, il y a deux ans.

Ce triste et funeste jour restera pour toujours, gravé dans nos mémoires.

Nous ne pouvons l’oublier et le temps qui passe n’efface pas notre peine, notre douleur et notre incompréhension.

Un Avocat, un ancien Bâtonnier, un grand pénaliste, un ténor des prétoires nous a quitté à jamais, et il nous manque aujourd’hui cruellement.

Sa présence forte, sa voix rocailleuse, son sourire malicieux, ses yeux pétillants, sa silhouette particulière hantent toujours ce Palais. Le défenseur inlassable des libertés, le pourfendeur des Juridictions d’Exception, de la Cour de Sûreté de l’Etat au début de sa carrière, jusqu’à la J.I.R.S., restera un exemple, en ces temps troublés, de l’investissement total de l’Avocat dans la défense de ses clients. Travailleur infatigable, fin procédurier, il avait la défense chevillée au corps, c’était sa raison d’être, un sacerdoce qu’il remplissait avec enthousiasme et conviction. Avec fierté, mais aussi lucidité, il avait transmis cette passion, cette religion, à ses enfants Paul et Anna-Maria, qui tous les deux ont choisi d’embrasser la Noble et difficile profession d’Avocat. Je leur souhaite d’être dignes de porter cet héritage et ils le seront !

Je veux aussi rendre hommage à l’homme, l’époux, au père de famille qu’il était, à l’enfant de PROPRIANO, de cette Corse meurtrie par les drames. Je crois incarner ici la voix de tous les Avocats de ce Barreau, touchés par trop de malheurs, pour dire que notre Ordre à besoin de paix et de tranquillité. J’y veille et y veillerai tout au long de mon mandat. Je crois aussi, pouvoir dire à ma modeste place, que la Corse a besoin que soit respectée sa forte identité, sa culture et sa langue. Ainsi rassurée, elle pourra construire un avenir serein fait de solidarité et de prospérité !

C’est le défi qui nous est soumis dès aujourd’hui : Relevons le tous ensemble et rejetons les forces du mal d’où qu’elles viennent. Ainsi, chacun de nous aura écrit une nouvelle page de notre histoire, sans jamais oublier le passé.

Je vous remercie d’observer une minute de silence à la mémoire du Bâtonnier Antoine SOLLACARO.

Doumé Ferrari

  • Bâtonnier de l'Ordre